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Publié par Esprit Nature

Le Gui dans les traitements de l'hypertension et de certaines tumeurs

 

Par son mode de vie et son développement particulier, le gui a toujours bénéficié d'une réputation mythique.

 

Botaniquement, le gui est une plante de la famille des Loranthaceae, répondant au doux nom de Viscum album. Pour certains auteurs, le nom de Viscum désigne la pulpe collante, visqueuse et translucide contenue dans les drupes, et à l'origine de visqueux ; pour d'autres, ce serait une déformation de l'ancien allemand wiz  dérivant de weiss " blanc ". En latin, le mot album signifie également "blanc".

La prolifération de ce végétal bénéficie de processus particuliers ; elle est réalisée avec le concours des oiseaux. Les grives, les merles ou les mésanges sont friands des fruits qu'ils consomment allègrement. Les graines, contenues dans ces baies, sont attendries par les sucs digestifs de l'oiseau, rejetées dans leurs déjections rendues gluantes par les composants visqueux, elles adhèrent solidement à la branche et germent facilement. La radicule, munie de suçoirs, s'enfonce alors dans l'écorce et produit des racines qui comme des "coins" pénètrent jusqu'au centre de la branche nourricière qu'elle épuise. Cependant, le gui n'est pas un parasite à part entière, c'est un semi-parasite. Il prélève chez son hôte, l'eau et les éléments minéraux  dont il a besoin mais conserve une fonction chlorophyllienne. Il forme des touffes arrondies, bien ramifiées, glabres, d'un vert jaunâtre caractéristique. Les pieds femelles deviennent particulièrement décoratifs, quand ils sont agrémentés de boules blanches, visqueuses, appelées abusivement baies. En montagne, le gui est courant sur les pins, les sapins et certains épicéas. En plaine, sa prédilection va aux poiriers, aux pommiers et à l'aubépine, mais il n'est pas rare de le rencontrer sur le peuplier, l'amandier, l'amélanchier ou le hêtre. Le célèbre gui du chêne, de nos ancêtres celtes, est lui, aujourd'hui, beaucoup plus rare, puisqu'il n'en subsiste que quelques exceptionnelles stations en France.


Le gui (viscum album) dans le traitement de la ménopause.

Entre mythes ...
Le culte de ce végétal éternellement vert et prospère, remonte à la nuit des temps. Parce que rare sur le châtaignier et le chêne, le gui de ces arbres était vénéré chez les Celtes, les Germains, les Grecs et les Romains. Dans toutes ces civilisations, il était associé à une multitude de légendes et de traditions populaires.

Dans la culture celte, la cueillette du gui était l'objet de grandes solennités. Elle se pratiquait pendant le solstice d'hiver, lorsque la lune était dans son sixième jour de croissance. Le druide coupait alors, les rameaux de gui avec une faucille d'or, dont le plat de la lame était en forme de lune. Il en faisait des brassées, qui ne devaient pas toucher le sol. C'est pourquoi, des aides tenaient de grands linges tendus autour du chêne hôte. Cette récolte, uniquement pratiquée par le druide, donnait lieu à une grande fête, appelée : fête du solstice d'hiver. Dans toute l'Europe, cette pratique à survécu longtemps à la civilisation celte.

L'expression " au gui l'an neuf " rappelle cette cérémonie de récolte. Dans plusieurs provinces françaises, on a longtemps donné le nom d'Aguignettes aux étrennes du " Jour de l'an ". En Espagne, les fêtes qui, autrefois, marquaient le passage d'une année à l'autre étaient appelées aguinaldos. En Gascogne, c'est l'aguillané, titre d'un chant, que les jeunes gens entonnent la nuit, peu de jours avant Noël devant chaque maison. Dans le centre de la France, c'est l'aguilandé, nom donné aux jours de fêtes de la période de fin d'année où ils quêtent. En Bretagne, on donne le nom d'aghinanen ou d'éguinenien aux personnes qui quêtent en chantant le refrain "Eghiané, éghiané".

Le gui est le symbole de l'union dans son sens le plus élevé et le plus spirituel. Le gui symbolise l'unité, la communion. Le gui forme un tout, une unité ronde. Il croît en touffe arrondie autour d'un centre dont tout procède et où tout doit retourner. Harmonieuse union de vie " semi-parasitaire " où chacun apporte les éléments dont l'autre à besoin. Suspendu au plafond de la salle commune ou à la tête du lit des époux, un rameau de gui, apporte l'unité de la famille ou du couple en même temps que sa protection. Au Nouvel An, les vœux sont offerts sous une touffe de gui. Dans beaucoup de nos campagnes encore aujourd'hui, cette tradition persiste.

Chez les Celtes, le gui est le symbole de tout "ce qui est". C'est pourquoi, il est présent lors de toutes les manifestations. Il est l'emblème de l'universalité de l'Existence dans l'Humanité entière. Pour l'Individu, le gui représente l'existence certaine, l'éternelle vérité. Il est l'image vivante de la force qui anime et gouverne le monde tout en permettant la communication avec Dieu. Le gui efface les impuretés de l'âme et la met en rapport avec l'esprit. Il incarne le chemin de la purification qui aboutit à la communion de l'âme et de l'esprit. Quand un Gaulois mourait, on plaçait à la porte de sa maison une vasque remplie d'eau lustrale*. Ceux qui venaient saluer le mort et la famille en deuil, y trempaient une branche de gui pour asperger le défunt et sa famille avant de quitter la demeure mortuaire.

Le gui est aussi le symbole de la protection. Il assure la protection contre les malices des Esprits de la nature. Autrefois, des branches de gui étaient placées dans ou au-dessus des berceaux pour assurer la protection de l'enfant contre les fées, afin qu'elles ne le transforment pas en petit lutin.

Il semblerait que les arbres porteurs de gui résistent mieux que les autres aux maladies ; de plus il favoriserait la croissance des fruits et plus spécialement des pommes. Au contraire, dans certaines régions on ne consommerait pas les fruits d'un arbre "guités" de peur d'être empoisonné. Le gui est alors appelé " balais de sorcières" ou "rameaux des spectres".

Si, de tout temps, le gui a bénéficié d'une "aura" mythique, c'est en raison de sa croissance et de son mode de vie particulier. En effet le gui n'est pas vraiment une plante adaptée à la vie sur terre, il ne peut s'implanter sur le sol. A la différence des autres végétaux, il ne suit ni le phototropisme, ni le géotropisme. Au contraire il forme des touffes arrondies et se crée presque un espace intérieur, qu'il pénètre de vie, ce qui est le propre de l'animal. Par ailleurs, les branches, même âgées de 20 ans, sont toujours vertes, ce qui les différencie des autres plantes. Sa graine est, aussi, particulière à tel point qu'on la nomme embryon, comme pour le règne animal. L'embryon reste toujours vivant dans son enveloppe de mucosité, il traverse l'intestin de l'oiseau, au lieu, comme les autres graines de végétaux, de reposer un certain temps dans la terre. A aucun moment de son cycle végétatif, le gui n'a de contact avec la terre.

Son utilisation médicinale est assez ancienne. Il est réputé assurer une protection contre la maladie dont il amène la guérison. Accroché au-dessus du lit, il évite les cauchemars. Pour les Gaulois, le gui est "celui qui guérit tout". C'est un antidote des poisons, donne la fécondité et guérit de l'épilepsie ou " haut-mal ", car il ne touche jamais terre. Les feuilles de gui, mâchées et appliquées en cataplasme cicatrisaient les ulcères. En Gallois, le gui est nommé oll-iach, c'est à dire "panacée".

Le Gui dans le traitement des engelures, des crevasses et autres lésions cutanées.

... et réalités !

Récoltées en été, avant que la plante fleurisse, les feuilles de gui sont employées dans le traitement de l'hypertension et de certaines tumeurs. L'action hypotensive des feuilles est due à une synergie d'activité entre plusieurs principes actifs. Elles sont utilisées en infusion dans les cas d'hypertension artérielle, d'artériosclérose et dans les troubles de la ménopause. En usage externe, les feuilles de gui en cataplasme, favorisent la cicatrisation des engelures, des crevasses et autres lésions cutanées.

Le Gui est aussi connu pour ses propriétés antitumorales. Dans cette activité cytotoxique, les différentes sous espèces de gui, sont très employées fermentées outre-Rhin, où elles ont même donné naissance à une technique de soin appelée " Viscumthérapie ". Outre ses propriétés hypotensives et cytotoxiques, le Viscum album, a des effets immunostimulants, dans lesquels les polysaccharides jouent un rôle important. Cependant, ce sont des traitements longs, demandant des précautions d'usage et une maîtrise parfaite de la thérapie.

Plante de tradition, le gui est peut-être aussi une plante d'avenir comme le montre les nombreux travaux pharmacologiques et cliniques dont il est l'objet aujourd'hui.

 

 

Alain TESSIER

Ethnobotaniste
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